couverture: Zanaroff ou le Mur de la Liberté

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Zanaroff s'était arrêté devant la grande enceinte du palais de justice. Le bâtiment cylindrique s'élevait et dominait la cité entière. L'ossature de l'imposant édifice se constituait d'une substance métachrylique recou-verte de minium qui lui donnait des reflets ocres foncés. L'application d'une fine couche d'un vernis, traité à base d'aluminium fondu, communiquait à la surface lisse du palais un miroitement, qui émettait des rayons vermeils à travers la cité encore assoupie, et semait des paillettes d'or, qui retombaient éparses sur le sol comme un délicat tapis de brocard.

Zanaroff parcourut des yeux anxieux l'entrée principale qui demeurait béante pour aspirer les citoyens convoqués. Lentement, il gravit les marches pour retarder l'entrevue avec le ministre qui le contrariait quelque peu. Ses yeux d'un vert profond se fixèrent sur les imposantes statues d'amiante rose.

Abraham, ancien ministre était assis sur un fauteuil en lamé de cuivre. Ses yeux tristes et délavés semblaient rejoindre l'infini d'un regard morne et éteint. A ses côtes, Jackson, précédent directeur de la centrale de sécurité serrait un recueil de loi, calé sous son bras et qui semblait représenter son unique préoccupation. C'était un nomographe passionné. Dans ses yeux luisait une lueur sauvage et inhumaine de persécuteur et de bourreau, qui a le goût du pouvoir entre ses mains décharnées. Zanaroff s'engagea dans l'étroit couloir sombre, qui l'aspira pour le déposer au seuil d'un ascenseur, qui s'ouvrit aussitôt, par le simple flux magnétique qui émanait de sa présence corporelle. Il indiqua parlant d'une voix rauque à l'interphone, l'étage auquel il devait monter et se tut. L'ascenseur se souleva et vibra sous la poussée subite. Une micro seconde plus tard, il se retrouva devant le bureau du ministre. Zanaroff pressa le doigt sur un bouton rouge, dont le voyant lumineux clignota aussitôt. La porte coulissa pour laisser entrer l'individu. Un homme, affalé dans un fauteuil suspendu dans le vide, scrutait dehors à travers la mince cloison latérale, d'une telle transparence, que la cité s'offrait nue aux yeux de l'examinateur qui veillait à la tranquillité de son bien. Le fauteuil bascula, dévoilant le mystérieux personnage. Zanaroff fut déçu. L'homme lui adressa un sourire figé. Son visage rendu flasque par la graisse superflue ressemblait à une pomme luisante et rougeaude. Ses petits yeux de cochon examinaient intensément le nouveau venu. Un sourire enfantin détendit ses traits épais et grossiers. Zanaroff le fascinait par son étrange beauté. De sa démarche souple de panthère, il se mouvait avec une grâce féline à travers la vaste pièce. Le ministre pouvait voir à travers la mince étoffe argentée de sa combinaison, le jeu parfait de ses muscles. Le regard profond de Zanaroff se posa sur le ministre qui fut fasciné par ses yeux. Deux émeraudes, deux extraordinaires pierres limpides tranchant sur sa peau halée. Intrigué, Zanaroff observait une statue en coulé de bronze. Les yeux de rubis étincelaient et fixaient durement Zanaroff. Le fauve d'acier déploya une gueule énorme, découvrant des crocs d'un blanc immaculé. Il la referma dans un claquement sec et métallique qui fit sursauter Zanaroff. Son maître, d'un geste lent et calculé lui fit signe de se coucher et l'animal en bronze forgé obéit à contre cœur, en lançant un regard chargé d'éclairs à l'égard de Zanaroff. Puis il se blottit docilement contre le mur laqué et froid. Le ministre prit la parole d'une voix sourde.

- "Il se nomme Bêta. C'est mon lion de garde et il est très efficace. C'est une véritable machine à broyer."

- "Je n'en doute pas." admit Zanaroff en fixant le fauve assoupi dont le souffle rauque emplissait la pièce.

Le ministre entama le dialogue et son ton se fit cassant.

- "Je vais aller droit au but ! Vous devez retrouver Eva ! C'est la raison pour laquelle je vous ai convoqué."

- "Mais Eva est morte ! Nous avons retrouvé son corps dans la plaine. Il doit y avoir une erreur ! Comment pouvez-vous avancer une telle hypothèse !"

- "Nous avons entamé une autopsie minutieuse du corps qui nous a révélé sa véritable identité. Il s'agit de Betz Mathison. Elle était aussi étudiante à l'université..."

Zanaroff sentit monter en lui une étrange sensation qui le bouleversa jusqu'à l'évanouissement et une vague d'espoir déferla dans son esprit embrouillé par cette révélation inespérée. Il eut du mal à cacher son trouble et sa stupeur.

- "Zanaroff, vous devez retrouver Eva ! Nous connaissons les sentiments forts qui vous unissaient, mais pour le bien de tous et de la cité, vous devez nous apporter votre aide dans cette enquête, afin de la retrouver le plus rapidement possible. Elle est très dangereuse pour la sécurité de la nation et est considérée comme une ennemie de l'état. Votre mission est de nous la livrer, coûte que coûte, morte ou vive. Vous devez occulter vos sentiments personnels, mais je crois qu'elle vous a trahi aussi... Vous devez faire appel à votre sens du devoir et de la justice. Les ordres viennent d'en haut, du Maître. Vous devez vous plier aux ordres. Vous êtes au service de l'état. Vous avez été formé par la grande armée et vous êtes l'un de nos meilleurs soldats."

Zanaroff s'était assis recroquevillé, habité par un étrange malaise qu'il avait du mal à cerner. Il répondit sur un ton neutre.

- "J'accomplirai mon devoir. J'ai été programmé pour défendre les citoyens de toute attaque de l'ennemi. Je suis au service de la sécurité et de la cité. Il en va de l'équilibre de toute une nation et de sa survie !"

Le ministre soulagé avait plongé son nez dans un dossier rouge sang et en feuilletait bruyamment les pages cornées. Le message était clair. L'entretien est terminé. Vous pouvez disposer.

Lentement, Zanaroff se leva et sortit. Derrière lui, le ministre s'épongeait le front qui ruisselait de gouttelettes. Il soupira et pointa à nouveau son nez dans les feuilles maintenant éparpillées sur le bureau. Son visage tendu exprimait l'inquiétude et la peur.

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